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Alors que le gouvernement a récemment publié un rapport sur la place de l'étude des langues anciennes dans l'excellence scolaire et professionnelle, à l'heure où nos élèves ont de moins en moins de repères, ou une partie de plus en plus importante de la population a de plus en plus de difficultés à s'exprimer correctement à l'oral et à l'écrit, le gouvernement n'a rien trouvé de mieux que de supprimer le concours de recrutement des professeurs certifiés de lettres classiques ! C'est la disparition programmée de l'enseignement des langues anciennes en France...

Pour éviter cela, signer la pétition de Robert Delord : http://www.change.org/fr/p%C3%A9titions/sauvegardez-l-enseignement-des-langues-anciennes-en-france-capeslc#share

 

Si vous vous demandez si vous devez inscrire vos enfants en latin ou en grec, vous lirez avec profit cet article :

 

Le centre d'analyse stratégique vient de publier un rapport sur la place que les humanités (l'étude du latin et du grec) occupent pour l'excellence scolaire et professionnelle. Vous trouverez ci-dessous l'introduction de ce rapport, des extraits (document à télécharger : http://www.strategie.gouv.fr/content/dt-2013-02-humanites-coeur-excellence-scolaire-professionnel. )

 

Présentation du rapport :

 

L’ensemble des études et des rapports qui ont été consacrés ces quinze dernières années à l’enseignement des langues et cultures de l’antiquité ont fait le diagnostic d’un déclin accéléré des humanités classiques, que ne fréquente plus aujourd’hui qu’un bachelier sur vingt. Le latin et le grec, et avec eux la connaissance de l’antiquité gréco-latine, deviennent des terres inconnues. L’enseignement des langues anciennes et la découverte des cultures anciennes occupent une place désormais marginale. La situation des humanités est pourtant paradoxale, dans notre pays comme dans la plupart des pays occidentaux.

  • Les "humanités" au cœur de l’excellence scolaire et professionnelle
    Pistes pour l’enseignement des langues, de la culture et de la réception de l’antiquité

Car autant la situation scolaire paraît sombre, tant le latin et le grec y sont marginalisés et abandonnés par la plus grande majorité des élèves et des familles, autant bon nombre d’expériences et de pratiques dans l’enseignement supérieur comme dans le domaine culturel attestent que le "besoin social" des humanités classiques est une réalité. Une réalité culturelle, pour des sociétés européennes qui se sentent toujours héritières de l’antiquité gréco-latine ; une réalité professionnelle, dans un monde où certaines entreprises prennent conscience des compétences remarquables de jeunes adultes formés à la rigueur littéraire et linguistique des savoirs de l’antiquité.

Les formations qui ont su faire une place de choix aux humanités peuvent voir leur caractère d’excellence reconnu à travers des collaborations originales entre entreprises et universités. Ce document de travail propose des pistes pour faire connaître et développer l’insertion de la culture classique dans les formations, pour montrer combien les humanités fécondent l’apprentissage scolaire des langues européennes, combien elles restent au principe de notre culture nationale et européenne, combien enfin elles sont précieuses dans la formation rigoureuse de jeunes adultes appelés à exercer des métiers variés.

 

 

Extraits :

"Si cette faiblesse (du nombre d'élèves latinistes ou hellénistes) ou cette disparition sont alarmantes, c’est relativement à certains de leurs effets sur les autres savoirs, sur la langue, sur la pensée. L’enseignement des langues anciennes fait entrer dans l’apprentissage des langues et de la littérature d’aujourd’hui une profondeur et une histoire. Les langues anciennes inscrivent dans notre propre langue une forme d’altérité et d’héritage, lorsque l’on comprend d’où vient notre langue et sur quoi elle repose ; et elles inscrivent dans la perception que nous avons de nous-mêmes un rapport à des ancêtres, à des parents qui avaient des exigences et qui ont fait des oeuvres. Des prédécesseurs, par rapport auxquels nous nous situons.

Si ce passé et cette altérité sont soustraits de l’apprentissage de notre propre langue et de notre propre histoire, alors nous parlerons un français sans histoire, nous vivrons dans une Europe sans profondeur. Nous savons que l’apprentissage du latin et du grec féconde l’apprentissage des autres langues, la nôtre en tout premier lieu. Que l’étymologie grecque ou latine ne peut faire de mal à un futur médecin et que la connaissance de la littérature et des arts anciens s’avèrera indispensable à un historien de l’art."

  

  

2.1. L’existence d’une « demande sociale » d’humanités

L’avenir des humanités n’est pas sombre. Notre modernité la plus ordinaire est curieuse d’Antiquité, et on se rend compte qu’elle accomplit de diverses manières son détour humaniste. Parce qu’elle réécrit des oeuvres antiques ou les adapte, parce qu’elle multiplie les séries télévisées ou les films qui prennent l’Antiquité pour objet, parce que la mythologie gréco-latine reste un objet d’intérêt et un matériau culturel on ne peut plus actuel. Ce que l’on cherche dans l’Antiquité, ce sont des réponses et des modèles, sur les modes de vie, les vertus, la vie citoyenne, les comportements héroïques, et tout ce qui nourrit encore aujourd’hui un goût pour le théâtre antique, pour la mythologie, y compris sous ses forme de divertissement populaire (ce qu’attestent tous les films consacrés depuis dix ans à   l’antiquité ou à la mythologie grecque). Et si on les cherche dans l’Antiquité, c’est parce que l’on sait qu’on va les y trouver. Ce qui veut dire que nous ne les cherchons pas ailleurs et que nous continuons spontanément à nous tourner vers Athènes et vers Rome. Nous ne leur avons pas donné congé.

L’avenir n’est pas sombre dans l’ensemble d’une société qui plébiscite les sagesses antiques, qui lit du Platon comme jamais (Platon en poche, ce sont des succès de librairie avec des ventes qui dépassent les 150 000 exemplaires), qui tourne des péplums, des séries télévisées sur Rome, ou bien encore qui réfléchit aux vertus ou à la conception de la démocratie des penseurs antiques.

  

  

2.2. La nécessité des humanités dans les parcours scolaires et universitaires

Comment se familiariser avec l’oeuvre de Platon si l’on ne possède pas quelques rudiments de grec ancien ? Comment consulter des documents historiques médiévaux si l’on ne sait pas un peu de latin ? Comment, dans les mêmes conditions, suivre un enseignement d’ancien français ? Les étudiants vont se trouver réduits à ne travailler qu’avec des traductions et à se mouvoir toujours dans un univers de seconde main. Ils feront alors, et par défaut, l’expérience du caractère à la fois séminal et instrumental des langues anciennes. Et de la même manière, ils comprendront, par défaut là aussi, que l’antiquité est moins éloignée qu’il n’y semblait.

 

La France a une tradition savante et culturelle d’une grande vigueur. L’Université française, à la fin du XIXe et au début du XXe siècle, s’est dotée d’une culture philologique de très haut niveau, qui lui permet aujourd’hui de rester parmi les pays européens et occidentaux qui portent la possibilité d’un nouvel humanisme. Les outils scolaires, les moyens de former la jeunesse, les bibliothèques et les centres de recherche sont encore là.

Il faut redonner à l’école les moyens de mieux le faire, en permettant à l’enseignement des langues et cultures de l’antiquité de ne plus être des options de second rang dans les différentes séries du lycée. La demande scolaire existe. Lorsque des classes de grec sont ouvertes dans les collèges, les familles y envoient leurs enfants.

À l’image de ce qui se fait en Allemagne, on pourrait permettre que les collégiens et lycéens optent pour le latin ou le grec en guise de seconde langue. Cette suggestion devrait prévaloir pour toutes les séries des lycées, sans être restreinte aux seuls élèves des séries littéraires. Car à l’heure actuelle, ce ne sont pas eux mais bien les élèves des classes scientifiques qui constituent les principaux effectifs latinistes et hellénistes. Aussi faudrait-il réserver aux séries littéraires, et à tout le moins à l’une d’entre elle, cette démarche spécifique : inscrire dans l’une des séries littéraires au lycée un enseignement obligatoire de langue et culture de l’antiquité, de façon à lui rendre une cohérence littéraire forte ferait de cette série un parcours d’excellence attractif.





 

2.3. L’intérêt de certaines entreprises pour les étudiants issus des parcours littéraires

Le monde de l’entreprise reconnaît la qualité de la formation reçue par des étudiants littéraires (au sens large) qui ont une aptitude sans équivalent au travail intellectuel méthodique, à la ecture et à l’écriture. Et c’est un constat qui est aujourd’hui vérifié, à une échelle restreinte, dans un projet mené conjointement par des entreprises et des universités partenaires, l’opération Phénix (encadré 4).

Dans un article récent, le philosophe Michel Serres expliquait pourquoi les visées à court terme des formations spécialisées sont en définitive inadaptées aux besoins des entreprises

innovantes d'aujourd'hui (voir le Nouvel Économiste, 2011) :

« Si l’on demande à la recherche – comme on le fait aujourd’hui en Amérique ou même en France– d’avoir des résultats rapides ou à l’enseignement de préparer à des métiers précis, on n’obtient pas les résultats souhaités. Le pragmatisme utilitaire est contre-productif. On ne peut préparer les gens à un résultat immédiat. Tandis que si vous leur apprenez à puiser dans une culture extérieure, dans un domaine où il y a de l’inutilité – les textes classiques, la littérature ancienne, l’art, la musique… – des choses absolument nouvelles pourront être inventées. C’est pourquoi j’affirme que le court terme, et c’est vrai pour l’entreprise comme pour la recherche ou l’enseignement, est toujours inutile. Si vous voulez former quelqu’un à être vraiment adapté à ce qui va se passer demain matin, vous êtes sûrs de faire de lui un inadapté et de rendre sa technicité désuète dès son arrivée sur le marché. Car ce qui se passera demain matin sera nécessairement nouveau. On est donc certain de rester en retard par rapport à la marche de la société si l’on cherche à l’anticiper. »







Ces indices indiquent de la même façon que les entreprises ont besoin de recruter des salariés cultivés, méthodiques, et intelligemment adaptables à des métiers qui changent. Que le recrutement des écoles de commerce ait été étendu aux classes préparatoires littéraires et qu’il s’ouvre désormais aux étudiants des universités indique également un regain d’intérêt pour des formations en lettres et sciences humaines qui ne sont plus considérées comme étant parfaitement étrangères aux carrières de l’entreprise, comme le soulignait récemment Jean-François Fiorina, directeur adjoint de Grenoble École de Management et président de l’association Passerelle

 

Les leçons de Phénix

Lancée en 2006 à l’initiative de Serge Villepelet, président de PwC France, cabinet d’audit et de conseil, l’opération Phénix lie des universités et des entreprises partenaires qui s’engagent à offrir chaque année des postes de niveau cadre en CDI aux étudiants de master 2 en lettres et sciences humaines. Une trentaine de jeunes diplômés sont ainsi intégrés dans ces entreprises, sans formation « managériale » ou financière préalable.

Cette opération est un succès. 165 diplômés d'un master de Lettres et sciences humaines ont été recrutés par les grandes entreprises partenaires de l'opération et la plupart d'entre eux y poursuivent un beau parcours au point, pour certains, d'être l'objet des sollicitations de cabinets de "chasse de têtes". La démonstration a été faite que les formations en lettres et sciences humaines dispensées au sein des universités ont vocation à être une source du recrutement des cadres pour les entreprises françaises. Une source qui n’a rien à envier aux formations « professionnalisantes » que les écoles de commerce ou les universités elles-mêmes ont promu ces dernières années.

En ce qui concerne les humanités au sens strict, il est assez frappant aussi, en Grande-Bretagne comme aux États-Unis, de voir comment celles-ci peuvent s’inscrire dans des parcours universitaires d’excellence et ouvrir aux métiers les plus estimés socialement (tel n’est pas le cas en France, où l’élite sociale reste formée dans les grandes écoles). En Grande-Bretagne comme en Amérique du Nord, une formation initiale supérieure en Lettres classiques (au niveau correspondant à la Licence) permet une poursuite d’études dans les domaines à forte employabilité que sont les masters d’économie, de finances ou encore d’affaires publiques. C’est ce que souligne l’analyse des poursuites d’études et des débouchés professionnels que présente le département « Classics » de l’Université d’Oxford, en rappelant que : « Les employeurs apprécient la façon dont les études classiques favorisent un développement intellectuel pluridisciplinaire et rendent possible une grande souplesse d’esprit. À une époque de changement social et économique rapide, la capacité à réagir en s’y adaptant aux changements les moins perceptibles fait des étudiants classicistes les diplômés dont les employeurs ont justement le plus besoin : des diplômés qui disposent d’une aptitude d’adaptation et d’une capacité à apprendre sans équivalent »

 



Il est grand temps de permettre à la société dans son ensemble, et à l’entreprise en particulier, de s’intéresser aux humanités. Parce que la situation est nouvelle, parce que nous avons besoin que l’initiative privée s’empare de cet enjeu. Pour que le rendez-vous ne soit as manqué, il faut que l’entreprise rencontre les humanités en temps que telles, et non pas simplement leur nom. C’est-à-dire qu’elle puisse prendre comme salariés des jeunes gens qui ont une culture historique et littéraire, et qui ont un rapport moral au savoir, en ce sens qu’ils pratiquent une forme d’érudition dont ils ont la conviction qu’elle va les rendre meilleurs. Et qu’elle a un sens pour eux. Une forme d’érudition qui va leur permettre de mieux comprendre le monde qui les entoure et de mieux agir.

Il y a deux façons de faire entrer les humanités dans l’entreprise. D’abord, avec les étudiants qui ont suivi des études de lettres ou de sciences humaines : soit en donnant à ces étudiants un complément de formation qui doit les rendre « opérationnels » dans l’entreprise ; soit en les encourageant à y entrer, comme le fait l’opération Phénix, sans même les astreindre à un complément de formation managériale. Ensuite, avec les étudiants qui ne sont pas dans les cursus littéraires, en militant pour que leur formation puise davantage à la source ancienne. C’est dans ce sens que vont certaines des formations pluridisciplinaires évoquées plus haut et dont on peut penser que les entreprises gagneront à les soutenir.

Les entreprises veulent en effet des collaborateurs qui sachent écrire et penser avec rigueur ce qu’ils écrivent. Dans un monde de service et d’information, où le temps de lecture quotidienne sur écran est devenu considérable, les entreprises savent que l’écrit redevient essentiel, et elles ont compris que la formation en lettres était indispensable. Et un étudiant formé en lettres, c’est un étudiant qui a fait du latin ou du grec, qui sait qu’Athènes et Rome ont existé et qui est en mesure de faire quelque chose de ce savoir.

L’État et l’école ont fait des choix discutables, dont nous ne sortirons que lorsque les langues anciennes ne seront plus confinées, y compris dans les filières littéraires les plus classiques, au rayon des options de second rang. D’ici-là, les entreprises peuvent prendre la main. Elles sont mieux placées que quiconque pour investir dans les humanités. Parce qu’elles en ont les moyens, par ce que les fonds de dotation et les fondations leur en donnent le cadre institutionnel et qu’elles peuvent également les intégrer à la formation de leurs propres collaborateurs.

La connaissance de l’Antiquité, par l'apprentissage de ses langues dans toutes ses composantes culturelles, parce qu’elle est un rapport réellement enrichissant et utile, doit avoir sa place dans l’entreprise.

Voilà qui plaide en faveur de deux objectifs : il faut qu’une dimension réellement humaniste soit inscrite au coeur des formations universitaires professionnalisantes qui mènent à l’entreprise. Par « humaniste », nous entendons un enseignement historique et littéraire des cultures européennes anciennes. Un enseignement qui serait également un enseignement d’histoire des idées. Il faut ensuite que les entreprises mettent au menu de leur formation continue des enseignements qui puissent satisfaire le besoin d’humanités.



La « demande d’humanités » doit recevoir une réponse des pouvoirs publics. Sur le terrain scolaire et universitaire, bien sûr, mais également à destination des familles et du monde professionnel. L’État peut rappeler que de jeunes adultes formés aux humanités s’avèrent des professionnels compétents dans des domaines extrêmement variés. La capacité de travail, les aptitudes linguistiques, les compétences historiques et le rapport privilégié à l’écrit, font de ceux qui les possèdent des candidats au recrutement des entreprises de tout premier plan. C’est ce qu’indiquent différents exemples : la façon dont les écoles de commerce recrutent dans les premiers cycles littéraires leurs élèves, ou encore le succès considérable de l’opération Phénix. À chaque fois, on vérifie que la formation via les humanités permet aux recrutés d’exercer avec talent des métiers qui étaient a priori éloignés de leur formation (dans l’audit, dans le conseil, dans la finance, dans l’administration). Encore faut-il qu’ils soient recrutés. Encore faut-il que l’on indique aux employeurs et aux familles que les humanités peuvent constituer des voies d’excellence, au même titre que les sciences et bien davantage que les filières « professionnalisantes » que promettent les formations commerciales ou de management.

C’est le message que les pouvoirs publics pourraient opportunément adresser aux familles

et aux entreprises.

3

Voir Le Parisien

, http://etudiant.aujourdhui.fr/etudiant/info/admissions-paralleles-grandes-ecolesla-

fin-du-regne-de-la-prepa.html

4

Voir : http://www.classics.ox.ac.uk/admissions/undergraduate/careers/index.asp.

Tag(s) : #Langues anciennes