Spécialité Humanités, littérature et philosophie en terminale : L'humanité en question - Histoire et violence

Publié le par C. Bacon

La deuxième partie du programme de la spécialité Humanités, littérature et philosophie est intitulée "L'Humanité en question" et, à travers des oeuvres des XXe et XXIe siècles, nous invite notamment à réfléchir sur le thème "Histoire et violence". 

Je vous propose ici quelques éléments d'introduction mais surtout des ressources (la liste n'est évidemment, pas exhaustive, et je la compléterai au fil du temps).

En introduction, la définition des termes Histoire et violence

Histoire

Etymologie : du grec historia qui signifie « enquête » (titre de l’ouvrage d’Hérodote, auteur du Ve siècle av. J.-C. (-484 ;-425).

C’est un mot polysémique ; dans notre expression, c’est l’ensemble des événements, et en particulier, des actions humaines et la connaissance du passé, de l’humanité et des sociétés humaines mais aussi la discipline qui étudie ce passé et cherche à le reconstituer.

L’histoire s’oppose à la préhistoire et à la protohistoire : l’histoire désigne des périodes où une civilisation est capable d’écrire sa propre histoire alors que la protohistoire désigne des civilisations qui n’ont pas pu écrire leur histoire mais dont des témoignages écrits étrangers parlent (ex : la civilisation gauloise est une civilisation protohistorique car les Gaulois n’écrivaient pas leur langue mais que des auteurs d’autres peuples contemporains, grecs ou romains, ont écrit à leur sujet). La préhistoire désigne une période où l’écriture n’existait pas.

Mais une histoire désigne aussi un récit réel ou fictif.

 

Violence

Etymologie : vis, la force, violenta (latin).

Violence au singulier désigne l’usage de la force par une personne ou un groupe de personnes pour soumettre, contraindre quelqu’un ou pour obtenir quelque chose ; cette contrainte peut être physique ou morale. Au pluriel, le mot désigne un ou des actes d'agression commis volontairement à l'encontre d'autrui, sur son corps ou sur ses biens et plus largement, l’ensemble des actions qui témoignent d'un conflit ouvert (émeute, guerre).

La violence, les violences semblent indissociables de l’histoire et de l’histoire de la littérature :

- Un des textes les plus anciens, les épopées homériques (VIIIe s. av. J.-C.), racontent la guerre de Troie (Iliade, avec des récits de combats extrêmement violents) et le retour d’Ulysse (Odyssée, épisode du Cyclope, meurtre des prétendants)

- le premier grand texte historique est l’ouvrage de Thucydide (465-400, Histoire de la guerre du Péloponnèse (conflit entre Sparte et Athènes de 431 à 404) ;

- au XVIe siècle, Agrippa d’Aubigné (1552-1630) écrit Les Tragiques, un poème héroïque racontant les persécutions subies par les protestants pendant les guerres de religion.

- au XVIIIe siècle, Voltaire, dans Candide (1759), dénonce les violences liées aux guerres, aux religions, celles perpétrées contre les femmes...

- au XIXe siècle, Victor Hugo, dans Les Misérables (1862), décrit la violence sociale qui s’abat sur les plus fragiles mais aussi la violence politique qui s’exerce pour réprimer les révoltes populaires. Emile Zola, dans ses romans Germinal, L'Assommoir... évoque également la violence sociale vécue par les gens du peuple.

Pour introduire cette thématique, un extrait du roman d'Albert Camus, La Peste, semble très éclairant, et d'actualité malheureusement.

Albert Camus, La Peste, 1947

 

Le mot de « peste » venait d’être prononcé pour la première fois. A ce point du récit qui laisse Bernard Rieux derrière sa fenêtre, on permettra au narrateur de justifier l’incertitude et la surprise du docteur, puisque, avec des nuances, sa réaction fut celle de la plupart de nos concitoyens. Les fléaux, en effet, sont une chose commune, mais on croit difficilement aux fléaux lorsqu’ils vous tombent sur la tête. Il y a eu dans le monde autant de pestes que de guerres. Et pourtant pestes et guerres trouvent les gens toujours aussi dépourvus. Le docteur Rieux était dépourvu, comme l’étaient nos concitoyens, et c’est ainsi qu’il faut comprendre ses hésitations. C’est ainsi qu’il faut comprendre aussi qu’il fut partagé entre l’inquiétude et la confiance. Quand une guerre éclate, les gens disent : « Ça ne durera pas, c’est trop bête. » Et sans doute une guerre est certainement trop bête, mais cela ne l’empêche pas de durer. La bêtise insiste toujours, on s’en apercevrait si l’on ne pensait pas toujours à soi. Nos concitoyens à cet égard, étaient comme tout le monde, ils pensaient à eux-mêmes, autrement dit ils étaient humanistes : ils ne croyaient pas aux fléaux. Le fléau n’est pas à la mesure de l’homme, on se dit donc que le fléau est irréel, c’est un mauvais rêve qui va passer. Mais il ne passe pas toujours et, de mauvais rêve en mauvais rêve, ce sont les hommes qui passent, et les humanistes en premier lieu, parce qu’ils n’ont pas pris leurs précautions. Nos concitoyens n’étaient pas plus coupables que d’autres, ils oubliaient d’être modestes, voilà tout, et ils pensaient que tout était encore possible pour eux, ce qui supposait que les fléaux étaient impossibles. Ils continuaient de faire des affaires, ils préparaient des voyages et ils avaient des opinions. Comment auraient-ils pensé à la peste qui supprime l’avenir, les déplacements et les discussions ? Ils se croyaient libres et personne ne sera jamais libre tant qu’il y aura des fléaux.

Même lorsque le docteur Rieux eut reconnu devant son ami qu’une poignée de malades dispersés venaient, sans avertissement, de mourir de la peste, le danger demeurait irréel pour lui. Simplement, quand on est médecin, on s’est fait une idée de la douleur et on a un peu plus d’imagination. En regardant par la fenêtre sa ville qui n’avait pas changé, c’est à peine si le docteur sentait naître en lui ce léger écœurement devant l’avenir qu’on appelle inquiétude. Il essayait de rassembler dans son esprit ce qu’il savait de cette maladie. Des chiffres flottaient dans sa mémoire et il se disait que la trentaine de grandes pestes que l’histoire a connues avait fait près de cent millions de morts. Mais qu’est-ce que cent millions de morts ? Quand on a fait la guerre, c’est à peine si on sait déjà ce qu’est un mort. Et puisqu’un homme mort n’a de poids que si on l’a vu mort, cent millions de cadavres semés à travers l’histoire ne sont qu’une fumée dans l’imagination.


 

Otto Dix, La guerre (1929-1932) - Arts à Duhamel

La Première guerre mondiale

Ouvrages

Henri Barbusse, Le feu (1916)

Roland Dorgelès, Les Croix de bois (1919)

Erich Maria Remarque, A l’Ouest, rien de nouveau (1928)

Louis Ferdinand Céline, Voyage au bout de la nuit (1932)

Marc Dugain, La chambre des officiers

Films

Les sentiers de la gloire, Stanley Kubrick, 1957

Un long dimanche de fiançailles, Jean-Pierre Jeunet, 2004

1917, Sam Mendes, 2019

Guillaume Apollinaire, La colombe poignardée et le jet d'eau (Calligrammes)

Guillaume Apollinaire, La colombe poignardée et le jet d'eau (Calligrammes)

La deuxième guerre mondiale et l’holocauste

Ouvrages

Primo Levi (1919-1987), Si c’est un homme (1947)

John Boyne, Le garçon au pyjama rayé (2007)

Fred Uhlman, L'ami retrouvé (1971)

Le journal d'Anne Franck,

Le journal d'Hélène Berr

https://www.lemonde.fr/livres/article/2008/01/17/le-long-supplice-d-helene-berr_1000333_3260.html

https://www.cercleshoah.org/spip.php?article189

Jorge Semprun, L’écriture ou la vie (1994)

Charlotte Delbo (1913-1985), Aucun de nous ne reviendra (1995)

Robert Merle, La mort est mon métier (1952)

Art Spiegelman, Maus I et II (1986 et 1991)

Films

Le choix de Sophie (roman de William Styron, 1979, ou film d’Alan J. Pakula, 1983)

Le pianiste, Roman Polansky (2002)

La liste de Schindler, Steven Spielberg (1994)

La vie est belle, Roberto Benigni (1998)

La Rafle, Rose Bosch (2009)

 Elle s'appelait Sarah, Gilles Paquet-Brenner (2010)

Amen, Costa Gavras (2002)

Au revoir les enfants, Louis Malle (1987)

Documentaires :

Shoah de Claude Lanzmann

Nuit et brouillard d'Alain Resnais, 

De Nuremberg à Nuremberg de Frédéric Rossi.

The Last Days, documentaire de Steven Spielberg

 

Le roman de David Foenkinos, Charlotte, retrace la vie d'une artiste juive allemande, Charlotte Salomon. 

Spécialité Humanités, littérature et philosophie en terminale : L'humanité en question - Histoire et violence

La bombe atomique – Hiroshima

Ouvrages

Masuji Ibuse, Pluie noire (1965)

Kenzaburo Oe, Notes de Hiroshima (1965 - essais)

Tamiki Hara, Hiroshima, Fleurs d’été (2007)

Kazuo Ishiguro, Lumière pâle sur les collines (2009)

Films

Le tombeau des Lucioles, Isao Takahata (1988)

Dans un recoin de ce monde (film de Sunao Katabushi 2017, ou manga de Fumiyo Kôno 2008)

Hiroshima mon amour, Alain Resnais (1959)

Génocides 

Le Cambodge

Rithy Panh et Christophe Bataille, L’élimination (essai 2013)

La déchirure, Roland Joffé (1985)

Le Rwanda

Scholastique Mukasonga, La femme aux pieds nus (2012)

Boubacar Boris Diop, Murambi, Le livre des ossements (2011)

Gaël Faye, Petit pays (2016)

Lignes de front, Jean-Christophe Klotz (2010)

J’ai serré la main du diable, Roger Spottiswoode

Hôtel Rwanda, Terry George (2005)

 

Dorothea Lange, Migrant Mother, 1936

Dorothea Lange, Migrant Mother, 1936

La violence sociale

Emile Zola, Germinal (ou le film de Claude Berri en 1993)

Upton Sinclair, La Jungle (1905)

Steinbeck, Les Raisins de la colère (1939) ou le film de John Ford, 1940

Roger Vailland, 325 000 francs (1967)

Florence Aubenas, Le Quai de Ouistreham (2011)

Virginie Despentes, Vernon Subutex (I) (2016)

Joyce Carol Oates, Eux (2008)

Ecrire pour exister, Richard LaGravenese, 2007

Cette chanson reprend le roman de Roger Vailland

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